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Portrait Omar Mokrani

Le souffle de la plaine

Algérie Actualité du 13 au 19 décembre 1990

De voile en voile. Déjà la personnalité et l’univers artistique et existentiel de Ahmed Saber reste recouverts de zone d’ombres. L’une des questions, justement, consistait à savoir qui était ce mystérieux personnage qui inspira à Saber ses plus célèbres mélodies. Un certain Omar Mokrani, d’El-Asnam. Mort ou encore en vie ?

El-Asnam n’est plus la même.Omar Mokrani s'est éteint quarante jours avant le séisme de 1980, à l'âge de 84 ans (il est né le 16 novembre 1896). Un diabète l'emporta…. Il fit de cette graine d'hommes qui n'ont jamais vu un médecin. Il laissa quatre garçons et aucun ne versa dans la poésie, l'un deux fut d'ailleurs emporté par le séisme. Il laissa aussi cette maison grande et austère. Des carnets de note, des livres d'exégèse coranique. Des photos de lui où il apparaît dans sa blondeur, sa grandeur et son port de tête fier. Sa hauteur de berbère, jeté sur les plaines par de lointains ancêtres. Mais il laissa surtout l'image de quelqu'un qui traversa son temps dans le conflit perpétuel.

Omar Mokrani naquît à El-Asnam dans une famille de religieux. Son grand-père, Abdelkader Ben Omar Ben Mohamed Ben Mokrane, fut cadi, à l'époque de l'émir Abdelkader. Son père fut imam et son oncle Omar poète et probablement son père spirituel, Omar Mokrani fut également influencé par M'hamed Medjadji "Etouil " et son ami Ahmed Boutbal.

Très jeune, il entra dans le métier de pâtissier qu'il conserva jusqu'à l'indépendance. Son temps libre était consacré à la lecture du Coran, à la poésie et une vie de jouissances.

Le fait extraordinaire et inconcevable par les temps qui courent est que Mokrani concilia une extrême religiosité avec des moments hautement épicuriens. C'était en somme une plénitude toute rurale. Les rencontres paillardes, le cycle des wa'dates. Celles de Sidi M'hamed et Sidi Abed qui duraient une semaine.

Il connut et surtout fournit en textes la plupart des poètes et interprètes de melhoun : Amri, son ami intime, Mamachi, Attafi, Merdaci Metidji, Bouras, Mazouni. Après sa mort, son fils déclare avoir fourni à ce dernier quelques 800 poèmes laissés par son père. Mokrani connut également Khaldi, Hamada et surtout Madani dont il était admiratif. Il le surnommait "cheikh echiokh ".

Mais il eut en sainte horreur les poètes qui s'impliquèrent avec le pouvoir, il évitait lui même toutes les rencontres officielles et les mondanités, on évitait d'ailleurs de l'inviter.

Sa poésie avait cette particularité d'être à la fois limpide, pleine de souille et acerbe, tranchante et agressive. Point d'allusion, rien que le mot assassin. Durant la colonisation, il n'épargna ni les caïds de la région, ni les harkis, ni même le roi du Maroc, lors de la guerre des frontières.

Imprégné d'une culture politique faite d'imaginaire, d'intuitions et de principes moraux, il eut une idole: Ben Bella qui incarnait pour lui le mythe du révolutionnaire et de l'homme du peuple.

Il vécut ensuite le coup d'Etat du 19 Juin comme un traumatisme et prit en haine Boumediene qu'il décrit comme suit, dans un vers: " il commet l'arbitraire et trompe les âmes impunément". Son franc-parler exacerbé lui valut d'être visité par un gradé et sa maison fut perquisitionnée.

Mais sa grande fracture fut produite par les bouleversements sociaux, après l'indépendance. Son fondamentalisme religieux, acquis de naissance; lui fit rejeter le changement des mœurs, l'occidentalisation des rapports sociaux, bref les bouffées de modernisme qui imprégnèrent les traditions. Il railla dans des termes impitoyables, les incursions de la femme hors de l'autorité patriarcale, il dépeignit avec force mépris les femmes s'habillant à l'européenne, fréquentant les lieux de luxure, les maris vaincus, les pères complices, etc. Mais comme ces changements intervenaient au sein de la couche naissante des bureaucrates, les parvenus, sa révolte était aussi sociale. A ce propos, il y a le célèbre texte " El Ouaktia " admirablement chanté par Ahmed Saber. En un mot, il vécut et traduisit la chose comme un chaos social. De ce point de vue, la poésie de Mokrani peut être considérée comme un prisme révélateur des profondeurs de notre société contemporaine.

Sa rencontre la plus déterminante fut assurément celle d'Ahmed Saber. C'est un certain Mayouf " Lahmar " qui les mit en contact. Et c'est Saber qui le popularisa en interprétant ses textes. Etonnante jonction entre la poésie asnamie de Mokrani et les mélodies oranaises de Saber. En réalité, ils partageaient en commun une personnalité intraitable, un amour pour le dénuement matériel, le rejet du prestige social.

Brahim Hadj-Slimane

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