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Ahmed Klouch

Cross Country : fin tragique d’une étoile filante

Ahmed Klouch

Ahmed Klouch est né à la Ferme (Hay El Houria [Chlef]) le 09 août 1943. Après des études primaires, il choisit l’athlétisme. Vite, il se fera remarquer et se qualifie à 17 ans et 1/2 pour le championnat de France de Cross Country en 1961, organisé à l’hippodrome du Tremblay dans la banlieue parisienne qu’il remporta avec brio devant les plus chevronnés de l’épreuve. C’était le dimanche 12 mars 1961.

44 ans après la disparition tragique du grand champion (25 décembre 2005), nous nous sommes rapprochés de sont frère Abdelkader ( 66 ans), notaire à Chlef, pour nous informer sur le déroulement des faits depuis sa qualification jusqu’à son assassinat survenu dans la nuit du jeudi 16 mars à la sortie nord de la Ferme. Sans plus tarder, nous laissons la parole à notre interlocuteur pour nous éclairer sur le parcours d’un de nos valeureux et glorieux fils qui est allé au-delà des mers, damner le pion aux favoris Wadoux et consorts.

Le Tremblay - Dimanche 12 mars 1961 -

Memouche s’empare du vermeil

Le dimanche matin de ce 12 mars 1961, Ahmed Klouch (17 ans ½), avec son dossard n° 01, s’aligne pied nus (en plein période de carême), pour prendre part au championnat de France junior de cross country, organisé à l’hippodrome du Tremblay ( près de Paris), en présence d’une grande affluence de 7000 spectateurs venus tôt le matin pour suivre le déroulement de l’épreuve et voir à l’œuvre l’insurmontable, grand favori, qui est ce Jean Wadoux. Il y a également d’autres grands coureurs tels que Trichet (qui deviendra plus tard un haut fonctionnaire de la banque de France), Le Borgne. Guennaoui Bahloul (grand ami de Klouch), est là pour s’aligner aussi à la course.

Dès le coup de starter, le petit memouche (surnom donné à Ahmed Klouch), se tient dans le peloton de tête et suit avec un œil attentif le rythme de la course. Confiant en ses capacités, il se maintient longtemps aux commandes. Lorsque, le starter, annonce aux athlètes qu’il ne restait qu’un tour à parcourir, Klouch accéléra et démarra en trombe, distançant ses concurrents. Après un long sprint, le starter, revint à la charge et annonça qu’il avait erreur et que la course devait encore se prolonger d’un autre tour. Klouch extrêmement épuisé, rassembla tous ses efforts et s’élança de nouveau dans la course. Heureusement pour notre petit champion, une pente se présenta à lui et il réussit a récupérer de ses forces, avant d’aborder la côte suivante. Il repartit à toute allure en direction du sacre final en distançant son poursuivant Trichet qu’il le devança de quelques 50 mètres. Reçu à l’arrivée comme un véritable champion. Alain Mimoun, le médaillé d’or des jeux olympiques de Melbourne en 1956, s’approcha de notre frêle champion, le prit dans ses bras et s’exclama à tue tête : « il est tout en or, il est tout en or ». Notons que Jean Wadoux, n’était que l’ombre de lui-même, car il abandonna la course. Guennaoui Bahloul, termina avec une méritoire 15ème place. Qu’importe, Memouche est champion.

Dès l’arrivée, le terrain de l’hippodrome est envahi par les journalistes et reporters de presse française et étrangère. Klouch est assailli, chacun voudrait prendre à chaud les premières impressions d u médaillé. De grosses cylindrées de la presse écrite française (l’Humanité, le Parisien Libéré, France-Soir, l’Equipe etc…), interviewer Ahmed Klouche. La F..F.A (Fédération Française d’Athlétisme), le désigna illico presto, comme capitaine de l’équipe de France junior de Cross Country qui devait prendre part le 26 mars 1961, au cross des nations de Nantes (qui deviendra championnat du monde du cross country par la suite).

Paris -13 au 16 mars 1961-

Le champion déguste son sacre loin des siens

Cette victoire est sur toutes les lèvres à Paris et en France. La communauté algérienne, établie en Métropole, déguste à sa façon le grand sacre de son champion. Klouch qui y est fêté comme un véritable héros de cette année 1961. Le lendemain, lundi 13 mars, les journaux et mass- médias s’emparent de l’évènement et titrent en gros caractères à la une, la victoire de Memouche. Partout, où il est apparu pendant ces quatre jours, il est salué comme un grand seigneur. Sa personnalité, s’emparait de tous les regards : hommes, femmes, enfants et vieillards dégustaient la fine silhouette venue de la Ferme, faubourg d’Orléansville.

Cependant à Alger, Orléansville (Chlef) et beaucoup d’autres villes algériennes, toute une population musulmane est en liesse. Elle venait d’apprendre qu’un petit algérien d’à peine 17 ans, est sacré champion de France. Tout le monde attendait le retour de l’enfant prodige dans les jours à venir. Ahmed Klouch, s’impatiente de revenir au bercail pour fêter comme il se doit au milieu des siens son succès. C’est long d’attendre encore trois jours pour pouvoir enfin profiter du ciel clément d’Alger et avaler les 200 km de la vallée du Cheliff, pour pouvoir enfin arriver chez lui.

Alger/ Orléansville - Jeudi 16 mars 1961 -

Le héros est de retour au bercail

Le jeudi 16 mars au petit matin, le grand champion scrute enfin l’air pur de cette Algérie martyrisée et blessée. Il est là pour consoler ses concitoyens. Il est fêté comme il se doit. Les journalistes et reporters de la presse sportive accourent pour enlever quelques bribes d’interviews. L’Echo d’Alger, le Journal d’Alger, la Dépêche quotidienne et plusieurs autres titres sont ici présents. Il s’exprime sur les ondes de radio Alger. L’après midi, il s’engouffre dans le train en partance de l’Agha en direction du terroir - en compagnie de son ami de toujours - Guennaoui Bahloul-. Après quatre longues heures, le train se range au quai de la gare d’Orléansville. Ahmed Klouch, vêtu de son kaway, traînant son sac de sport en bandoulière, s’engage dans la rue d’Isly (aujourd’hui rue des Martyrs) avec un pas pressé pour se rendre au domicile familial.

Peu avant la rupture du jeûne, Memouche se présente devant le seuil de la maison. Des You You assourdissants qui déchirent les cieux. Les membres de la famille congratulent le champion. Tout d’un coup, le canon a tonné, annonçant la rupture du jeûne. Ahmed, rompit le jeûne en compagnie des membres de la famille, qui avait quatre moudjahiddines invités, dont Si Salem et Hamadouche dit Si Zoubir ( Président d’APC de Zeboudja après l’indépendance [aujourd’hui décédé). Une longue discussion s’engagea entre le groupe. On alluma le poste T.S.F et on entendit sur les ondes de radio Alger, l’interview réalisé auprès du champion qui écoutait attentivement sa voix. A ce moment précis, Si Salem, interrompit le silence qui régnait et lança en direction du jeune champion : « ne me dis pas, que c’est toi, qui intervient à la radio ? ». Ahmed rétorqua sur le champ : « Bien sûr, que c’est moi ». Puis, continua : « Vous m’avez promis, que si je gagnerai la course, vous me m’emmènerez à Tunis ». A cet, instant Si Salem, resta un petit moment songeur, puis répondit : «Oui, maintenant, ton vœu est exaucé, je vous t’emmènerais à Tunis, parce que tu es devenu champion de France. Tu vas à Tunis pour consolider l’équipe du FLN ». On frappa à la porte. Des amis d’Ahmed dont Hadj Haddi et les frères Aïchouba demandaient à le voir.

Après les embrassades et accolades, le jeune champion accompagné du groupe de jeunes, se dirigea au café de Hamouda Bouzidi pour se distraire pour quelques temps. Une demi heure ne s’était pas écoulée et on entendit un coup de feu qui venait du côté de la maison familiale des Klouch. Ahmed, très désemparé, s’excusa auprès de ses amis pour rentrer chez lui. On lui proposa même de passer la nuit chez eux, mais il craignait que le groupe de Moudjahiddines soit encerclé. A peine s’était-il séparé de ses amis, qu’une rafale d’arme à feu se fit entendre cette fois-ci. Il faut préciser, que le couvre- feu instauré pour le mois de Ramadhan débutait à 21 h 30.

Du côté de sa maison familiale, on ne s’inquiète pas outre mesure pour lui, pensait qu’il passerait la nuit chez sa grande sœur à la Bocca Sahnoune. On craignit pour la sécurité du groupe de l’A.L.N qui entendit cette rafale et on lui aménagea un refuge de fortune dans des bottes de foins. On monta la garde jusqu’à 4 heures du matin. Dès l’aube les membres des moudjahiddines se retirèrent et disparurent.

Orléansville - Vendredi 17 mars 1961 -

Le héros est accompagné à sa dernière demeure

Au petit matin de ce vendredi 17 mars 1961, Abdelkader, son aîné, quitta la maison familiale en se dirigeant au centre ville d’Orléansville. Chemin faisant, son attention est attirée par une flaque de sang stagnante au bord de la chaussée. Une fois au centre ville, il acheta chez le buraliste l’Echo d’Alger et le Journal d’Alger. En feuilletant le journal, il vit le portrait de son frère et à ce moment une réflexion spontanée lui vint à l’esprit : « Ils l’ont tué et maintenant ils publient sa photo ! ». A ce moment précis, le lieutenant de la S.A.S, Mr. Delecour apparaît dans sa 2 C.V. Monsieur, en sa qualité de responsable des activités sportives au sein de l’armée, avait remarqué les qualités d’Ahmed et s’était mis à l’encourager dans la voie qu’il s’était tracée. Ils était aux petits soins avec lui et le conseillait souvent. Il était scandalisé, il aborda Abdelkader et lui apprit qu’il a été tué par mégarde par une patrouille qui était embusquée dans les parages. Djilali, l’autre frère du champion, vint en direction du groupe, les yeux hagards. Ils lui annoncèrent qu’il est mort. Il balança un grand coup de poing sur le capot de la Citroën. Sans savoir comment, les trois hommes se dirigèrent d’un pas pressé en direction de la morgue de l’hôpital civil de la ville. Là on découvrit le chahid, sur une civière, son corps inerte, la tempe perforée (l’énigme est là et la version officielle des autorités militaires ne collait guère [Abdelkader déclara, qu’en 1990, il avait rencontré à Alger Si Salem lors du congrès de la wilaya IV qui lui dit n’avoir jamais été d’accord avec la version d’une mort accidentelle).

On ramena le corps à la maison et on se prépara pour l’enterrement qui devait se dérouler ce jour du vendredi à 15 heures au cimetière de Sidi Ameur. Le capitaine Raïs, arriva et voulant convaincre son monde, il dira que le jeune champion a été surpris au-delà du couvre-feu par une patrouille. Après avoir été pris a bord de la Jeep, un geste maladroit d’un des soldats qui l’accompagnait, fit partir une balle qui terrassa le champion. Puis il annonça à l’assistance, que le général Jean Gracieux souhaiterait assister à la cérémonie d’enterrement et ils se sont convenus pour 15 heures.

A 13 heures, le corps recouvert de la bannière vert et blanc (couleurs de l’emblème national), porté dans un cortège funèbre émouvant et dans un recueillement absolu, se dirigea en direction du cimetière. Les militaires qui montaient la garde, avisèrent leurs supérieurs du déroulement de la situation. Aussitôt alertés, ils arrivèrent en trombe et constatèrent que l’enterrement prévu pour 15 h avait été avancé à 13 h, ce qui ne permit pas au général d’y assister. Le capitaine Raïs, risqua une petite observation à ce sujet, ce à quoi lui répondit promptement le père du défunt : « Vous l’avez tué, pourquoi voudriez-vous assister à ses funérailles ? ».

Le Champion de France, désigné comme capitaine de la sélection française, ne la conduira pas à Nantes le 26 mars 1961, ils en décidé ainsi. Pour rappel uniquement, le préfet de l’époque Sadek Ourabah, avait reçu la veille de l’assassinat, un télégramme émanent du ministre français de la jeunesse et des sports, Maurice Herzog ( vainqueur de l’Annapurna en 1952) par lequel il exhorte le chef de l’éxécutif du département à veiller personnellement sur la sécurité du jeune champion Ahmed Klouch.

Mohamed Tiab - Janvier 2006

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