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Trésor de Ténès

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Avant toutefois d’aborder nous-même l’analyse du Trésor de Ténès, il nous a paru utile de rappeler sommairement deux séries de faits dont la mise au point ici, évitera les redites et éclairera l’interprétation. Il faut préciser d’abord ce qu’était Ténès au début du Ve siècle, puisque non seulement c’est là que le trésor a été enfoui, mais que même, comme il a été suggéré et comme il apparaîtra de plus en plus, il y a, avant son enfouissement, « vécu » en quelque sorte pendant un certain nombre d’années : il existe, on le verra, entre plusieurs objets et le lieu de la trouvaille, un lien qui n’était pas fortuit. D’autre part, les plus beaux de ces bijoux sont exécutés selon une technique propre à l’art du Bas-Empire, celle de l’or découpé, ou opus interrasile, dont, avant de l’étudier dans nos fibules, nos garnitures de ceintures, nos bracelets en particulier, il convient de définir les caractères généraux.

Rien en vérité ne semblait prédisposer cette petite ville sans gloire, presque perdue au bout du monde romain, à abriter dans le sous-sol d’une de ses villas un trésor qui éclipse de loin ceux de Carthage et d’Hippone, de Thuburbo Majus et de Mactar1. Là, certes, dans la Proconsulaire ou la Numidie, où les hauts fonctionnaires avaient leur résidence et leur cour, où le Seigneur Julius de Carthage et les seigneurs de Tabarka avaient leurs châteaux que nous peignent les mosaïques du Bardo2, tant de luxe et de délicatesse surprendrait moins peut-être. Ou encore dans cette Thagaste où le richissime héritière des Valerii, sainte Mélanie, réfugiée en Afrique après 410, était en mesure d’offrir à l’évêque Alypius « une propriété de grand rapport, plus vaste que la cité elle-même, et contenant, avec des thermes, artifices mulios, aurifices, argentarios et aerarios », sans compter deux évêques, l’un catholique et l’autre donatiste3. Par quel hasard cette somptueuse collection de bijoux, dignes, nous le montrerons, d’avoir paré au Stilicon ou une Proba, était-elle allée finir dans un petit port à demi endormi de la Maurétanie césarienne, à plus de 200 kilomètres à l’ouest de notre Alger ?

Ténès (Cartennae)4 avait d’abord été une escale punique5 à l’embouchure de l’oued Allalah qui, trouant la falaise à laquelle elle est adossée, ouvre ici une voie de communication vers l’intérieur, Orléansville (Castellum Tingitanum) et la vallée du Chélif. Auguste, vers 30 avant J.C, y fonda une colonie de vétérans : c’était l’un des premiers efforts en vue de cette romanisation de la Césarienne occidentale qui, si elle réussit dans les plaines, s’arrêta sur les pentes du Zaccar et même du Dahra, qui domine Ténès, et plus encore, vers le sud, du massif de l’Ouarsenis6. Jamais les villes du littoral ne cessèrent de sentir peser sur elles la menace des tribus montagnardes, et l’histoire de Ténès, autant qu’on a pu la retracer à l’aide de quelques inscriptions, resta une histoire militaire. Ses grandes heures furent sous Hadrien, celles de la vigoureuse résistance qu’elle opposa à une « irruption » des Baquates7 et, sous Antonin le Pieux, du rôle qu’elle joua comme port de débarquement et base d’opérations, avec Saint-Leu (Portus Magnus - auj. Bethioua), Cherchel (Caesarea), Tipasa et Alger (Icosium), des détachements légionnaires appelés de Germanie et de Pannonie pour réprimer la révolte des Maures8.

Sa prospérité, pourtant, était réelle. On découvert aux environs, à Montenotte (Sidi Akkacha), des résidus de minerais et de scories attestant une antique industrie sidérurgique9 - une fabrique de garum a été signalée au Guelta1. Mais surtout elle captivait activement une vallée faible, une inscription célèbre ses horrea et felicia2, une aura chrétienne mentionne les praedia de Fabius Sulpicius Grisogonus et de son fils 3. Il est possible que des familles sénatoriales y possédassent de grands domaines4. Des villas à mosaïques étaient le signe manifeste de ce bien-être5. Dans l’une, située un peut à l’écart, de l’autre côté de l’oued, un certain Romanus avait exprimé naïvement , dans des vers qui ne bravent pas moins la syntaxe que la quantité, le plaisir qu’il éprouvait à contempler le spectacle qui s’offrait à sa vue : d’un côté la mer sillonnée de barques, de l’autre la ville étagée en hauteur, des fontaines nombreuses, des vergers florissants, et sa marmaille (en style noble : Romani proles) qui gambadait sur la terrasse6.

Mais à cette époque déjà, c’est-à-dire au IVe siècle, il semble que les liens qui unissaient la région à l’Empire quoique volontiers proclamés, eussent commencé à se distendre. La Tingitane avait été rattachée administrativement à l’Espagne et, dans sa majeure partie évacuée ; les confins occidentaux de la Césarienne elle-même abandonnés7. Une frontière rapprochée, tendue de l’embouchure du Chélif, le long de l’oued Riou (Oued Rhiou), jusqu’à Waldeck-Rousseau (auj. Sidi Hosni), avait été organisée défensivement sous le commandement du praepositus Vmétis Columnatensis8. En-deçà et même au-delà, comme à Lamoricière (Altava), les manifestations de fidélités aux empereurs pouvaient bien se prolonger, la grande rocade d’Orléansville, …être entretenue et bornée de nouveaux militaires, on sentait partout s’affirmer, sous des noms divers dispunclores défaillante9. Cette obscure tendance à une sorte de séparatisme ne devait pas échapper à saint Augustin, qui l’a formulée dans des termes qui prêteraient à de longs commentaires : Mauritania…Caesariensis occidentali quam meridianar parti uicinior, quando nec African se uuli dici : « La Maurétanie césarienne est plus proche de la partie occidentale de l’Empire que de sa partie méridional, elle qui ne veut même pas qu’on appelle Afrique10.

Aucun texte ne nous renseigne sur la vie municipale, au Bas-Empire, de la colonie de Cartennae, et c’est peut-etre qu’elle n’était pas très intense. En somme située dans une sorte de cul-de-sac, à 50 kilomètres à l’écart du trafic qui s’écoulait le long de l’artère du Chélif, et mal reliée à Cherchel, résidence du gouverneur, par une route côtière dont les derniers milles, franchissant péniblement les escarpements du cap Ténès, ne devaient guère être fréquentés11, elle n’était guère rattachée au monde extérieur que par l’activité de son port, et celle-ci, quoique le bon Romanus exagérât en parlant des classes nauium qui faisaient force de rames pour en entrer dans la rade, ne devait pas être négligeable. On sait bien que la navigation antique ne s’aventurait en pleine mer qu’après avoir épuisé toutes les ressources d’un prudent et patient cabotage. Pour se rendre d’Afrique en Italie, on avait le choix entre deux routes : se lancer de Carthage en Sicile ou d’Hippone à Cagliari, pour longer ensuite les côtes d’Italie ou des îles1. Mais l’itinéraire normal de Carthage à l’Espagne et à la Gaule suivait le littoral africain le plus longtemps possible, et ne prenait le large, en direction de Carthagène, qu’à partir de l’un des ports de la Maurétanie Césarienne : Cherchel, Ténès , Saint-Leu. En 314, en convoquant au concile d’Arles les délégués de l’Afrique, Constantin leur prescrivit de se rendre d’abord en Maurétanie et de s’embarquer de là pour l’Espagne, ce qui réduisait la traversée au minimum2. Encore au IXe siècle, le voyageur oriental Al Ya’kûbî, décrivant l’itinéraire de Tunis en Espagne, « précise que l’on commence par longer la côte africaine, sans prendre le large jusqu’à Ténès et même plus loin, de sorte que la traversée ne dure que vingt-quatre-heures3. » Retenons l’idée de ce courant qui unissait la Césarienne à l’Espagne : c’est peut-être ce qui, selon le mot de saint Augustin, la faisait se sentir plus occidentale qu’africaine, et n’excluons pas l’hypothèse que pour être venu se fixer à Ténès notre trésor eut parcouru, en sens inverse, la même voie.

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