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Trésor de Ténès

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Pourtant, contrastant avec cette insignifiance politique, une grande ferveur religieuse animait, à cette époque, la petite ville. Dans l’âpre conflit qui, depuis un siècle, tourmentait le christianisme africain, Ténès avait été ardemment donatiste ; elle avait adhéré à cette orgueilleuse « Eglise des martyrs » qui opposait à la sage autorité des catholiques l’intransigeance de ses prétentions à la sainteté4. Donatiste, mais dissidente, et plus précisément rogatiste5. Vers 375, les exactions des schismatiques, la violence des revendications sociales qui se déchaînaient sous leur drapeau, l’appui qu’ils avaient fourni à la révolte du Maure Firmus provoquèrent, parmi les donatistes eux- mêmes, une réaction modérée dont l’évêque Rogatus de Cartennae fut l’un des inspirateurs6. Il se sépara de ses collègues de Maurétanie et fonda, à l’intérieur du schisme, une communauté particulière qui, sans se soumettre à l’église romaine, manifestait contre les excès révolutionnaires des circoncellions le conservatisme de ses propriétaires ruraux, contre les incursions des Maures de l’Ouarsenis sa fidélité à la paix romaine, contre le fanatisme des doctrinaires une sorte de quiétisme tolérant. Exposés aux coups des deux extrêmes, aux attaques des Firmiani et aux décisions de la justice impériale qui les sacrifiait à l’occasion aux donatistes, les rogatistes menèrent une vie obscure, mais tenace, et encore au début du Ve siècle ils groupaient une dizaine de leurs évêques autour de Vincentius de Cartennae, ancien camarade de saint Augustin.

La lettre que celui-ci lui adressa, vers 408, pour l’adjurer de renoncer au schisme7, mérite d’étre citée ici, non seulement à cause de la savoureuse ironie avec laquelle il raille l’obstination des rogatistes, mais aussi bien parce que c’est l’un des très rares documents un peu expressifs qui nous soient parvenus sur la Ténès de ce temps-là.Ténès, vue d’Hippone (auj. Annaba), semblait décidément très loin, et trop en dehors des limites du monde habité, et de trop chétive importance, pour prétendre au rôle de capitale de la chrétienté : « Et toi, tu sièges à Ténès, et avec les dix rogatistes que vous testez, tu vas en répétant : non fiat ! non fiat !8 » L’ambition qu’il prête à Ténès de rivaliser avec Rome le fait sourire : « Tu t’inscris en faux contre les témoignages divins confirmés avec tant de forces, manifestes avec tant de clarté, et tu t’efforces de reléguer l’héritage du Christ au fond de ton exil, si bien que lorsque, en son nom, ainsi qu’il a dit, sera prêchée la pénitence parmi les nations, quiconque aura été touché de cette prédication, en quelque endroit du monde que ce soit, s’il ne va pas chercher et s’il ne découvre pas, en Maurétanie Césarienne, Vincentius de Cartennae ou l’un de ses neuf ou dix frères, ses péchés ne pourront lui être remis1. » Et encore : « Si quelqu’un n’a pas entendu cette parole, s’il ne se rend pas à Ténès ou dans la région de Ténès, il ne pourra être purifié de sa vie de volupté2. Hors de Ténès, point de salut. Car malgré le nombre réduit de ses adhérents et sa situation perdue aux confins de l’Afrique, la secte n’en persiste pas moins à proclamer qu’elle est seule à détenir la vérité et pratiquer la religion : « Tu cherches à nous faire croire qu’il n’y a plus que les rogatistes à mériter le nom de catholiques, par leur observation de tous les préceptes divins et de tous les sacrements3, » il semble que Vincentius se soit rendu à cette pressante mise en demeure : à la conférence de Cherchel qui, en 418, opposa saint Augustin à l’évêque donatiste, l’évêque de Ténès. Rusticu…. ? sera mentionné parmi les catholiques4.

Ainsi les Cartennitains avaient longtemps cru que c’était chez eux que s’était réfugiée la piété puritaine des anciens jours, avec la fidélité aux martyrs. Et, de fait, l’intensité du culte des reliques à Ténès nous est encore prouvée, à la meme époque, par une inscription mutilée mentionnant celles de trois femmes - Eugusa, Saturnina et une troisième dont le nom nous échappe - qui avaient souffert pour leu foi5. Mais surtout il y a lieu de rappeler ici l’activité hagiographique d’un auteur anonyme qui a dû vivre à Ténès « entre la fin du IVe siècle et la moitie du Ve siècle », et qui y a rédigé la Passion de saint Fabius le Vexillifère6. Ce jeune porte-enseigne avait été supplicié à Cherchel sous les Tétrarques7, et son corps laissé sans sépulture, avait été miraculeusement porté sur les flots a Caesariensis pelagi regione ad Cartennitanum litus. Les Cartennitains ont accueilli avec enthousiasme le martyr que la mer leur avait donné : nune allerius regionis martyrem… habere meruimus. Mais voici que la plebs Caesariensis s’émeut.

Trop tard ! - du désir de récupérer les reliques de saint Fabius. Ténès, par la voix, formée à tous les artifices de la rhétorique de son avocat inconnu, plaide devant Cherchel son droit à les conserver : apud le peregil cum triumpha martyrium, erga nos condidid sancti corporis, monumentum.

Il est bien probable qu’il y a eu à Ténès une martyrium de saint Fabius, et les fouilles nous le feront peut-être connaître un jour, à l’ouest de la ville, dans ce cimetière chrétien dont quelques tombes seulement ont été dégagées1. En attendant, il nous est permis de nous le représenter à l’image de celui de sainte Salsa à Tipasa : les ressemblances entre les deux passions sont si étroites, en particulier dans le rôle miraculeux que joue la mer ici et là, qu’on a pu les attribuer au même auteur2. Imaginons donc, à l’ouest de Ténès, un autre cimetière marin, avec les tombes, pressées autour des saints, non seulement des Cartennitains, mais de pèlerins venus de loin et de très loin, d’Alger ou d’El-Kantara, d’une Tripolis d’Orient ou encore d’Italie (una Italorum), chercher la protection des martyrs3. Peut-etre cette évocation préliminaire ne sera-t-elle pas inutile, ci-après, pour expliquer certaines particularités d’un trésor qui semble-t-il, a séjourné quelques temps à Ténès et avant d’être caché a pu s’imprégner de l’atmosphère de dévotion fervente qui y régnait4.

L’expression latine est empruntée à Pline qui, à propos de l’utilisation des bois exotiques, mentionne, comme ayant été consacrées dans des temples par Vespasien, coronas ex cinnumo interrasili auro inclusas, littéralement : « des couronnes de cinname dans une monture d’or découpé6. » Et, en effet, c’est à la même époque que l’on voit apparaître dans la décoration des armes, des ceinturons et des harnachements7, particulièrement en Rhénanie, en Pannonie, en Dalmatie, des ornements en bronze ajouré dont Riegel a bien montré qu’ils s’inspiraient encore, au début, d’un énergique sentiment du relief plastique. Mais, à partir du IIIe siècle, l’opus interrasile, appliqué de plus en plus aux métaux précieux, en vient à exprimer, peut-être par un lointain souvenir de traditions orientales, cette aversion pour la ronde bosse, ce goût pour le très bas relief, en méplat, qui animent désormais la sculpture et tous les arts. Autour des médaillons pendentifs, sur le fourreau des épées et la courbure des bracelets, il répand comme une dentelle ses grilles d’or et d’argent entremêlés de motifs végétaux ou géométriques, que rehaussent parfois des pierres précieuses8. Certaines plaques ajourées semblent la réduction des cancels et des transennes de marbre qui, avec le même dédain de la profondeur et le même graphisme ornemental, décoreront les basiliques paléochrétiennes et les monuments byzantins, en sorte qu’on est fondé ? a leur chercher des correspondants dans l’architecture de pierre de Ravenne, et jusque dans les panneaux de bois coptes et les stucs islamiques.

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