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En 12 secondes, Orléansville endormie vit la fin du monde et bascule dans l'horreur

A 1 h. 11, dans toutes les maisons, la pendule s’arrêta. Il y a eut un silence vertigineux, une attente - comme si le Destin hésitait. Mais la pointe de la grande aiguille ne quittait plus le point du chiffre. Alors, dans le ciel et sur la terre, l’Heure sonna- terrifiante.

Ceux qu’elle appelait- les 1500 qui devaient mourir- se réveillèrent en hurlant et voulurent se lever. Mais déjà la mort les terrassait, les étouffant de gravas, leur défonçant le crâne à coups de madrier, les broyant et les déchiquetant sous les tonnes de pierres et de ferrailles tordues de leurs maisons écroulées.

De la grande villa d’Orléansville, de la petite ferme de la vallée, du gourbi dans la montagne et des familles qui y vivaient, il ne restait rien - rien que des corps suppliciés gémissant sous des ruines, et des êtres fous de terreur fuyant dans les ténèbres d’une nuit d’apocalypse.

En douze secondes tout un petit monde paisible venait de basculer dans l’horreur. Les minutes d’avant avaient rassemblé pourtant à toutes les minutes d’une vie calme et normale.

La dernière fenêtre, de l’hôtel Baudoin, le modeste palace d’Orléansville, venait de s’éteindre. En face, dans le jardin public, un Arabe, étendu sur une pelouse, regardait un jeune couple accoudé au balcon. Un automobiliste s’arrêta devant l’hôtel, souleva le capot de sa voiture et demanda l’adresse d’un garage.

Place Paul -Bert (Paul- Robert [ndlr]), des Européens prenaient le frais en bavardant, assis par des groupes devant leurs portes, tandis que les Arabes accroupis sur le bord du trottoir et sur les gradins du kiosque à musique palabraient à voix basse. D’autres qui avaient préféré le trottoir à leur lit, dormaient allongés au pied d’un mur.

Chacun jouissait à sa façon de la fraîcheur de la nuit. Cette journée de jeudi avait été torride. A 14 heures, le thermomètre de la pharmacie Carmagnol était monté à 46 degrés à l’ombre. Orléansville, qui date de la conquête, est la ville la plus chaude de l’Algérie du Nord. Un peu à l’étroit entre ses vieux remparts, avec ses 35.000 habitants, la cité étend ses faubourgs très loin dans la campagne, parmi les vignes, les champs de céréales et les orangeraies, jusqu’aux contreforts de l’Atlas. C’était il y a Quelques jours encore une aimable petite ville de province à la fois africaine et européenne, avec sa vieille mosquée et son église d’Ile-de-France, son collège moderne, son hôpital tout neuf, et son groupe d’H.L.M - un building de neuf étages - en voie d’achèvement. Une petite ville heureuse, fière de sa sous- préfecture, à façade de palais oriental, et de son détachement de la Légion qui berçait de sa clique la nostalgie des soirs d’été.

La ville, morte pendant les grosses chaleurs - du 15 août au 15 septembre - recommençait à vivre. M. Debia, le sous- préfet, avait rouvert ses salons. M. Remy Hadjez, le propriétaire de l’hôtel Baudoin, qui avait passé, ses vacances en France, était rentré la veille avec sa femme, sa fillette et sa belle-sœur. Les jeunes pourraient danser, le soir, au son du pick-up. C’était de cela qu’on parlait, ce jeudi soir, en sortant de Comedia, le cinéma en plein air, où l’on avait projeté Crossfire, une nouveauté pour Orléansvillle.

Des garçons du faubourg de Pontéba, qui avaient été voir le film, étaient rentrés à bicyclette vers 1 heure moins le quart. Ils avaient voulut boire une limonade à l’épicerie-buvette Couturier, mais la boutique était fermée. Ils eurent beau frapper, personne ne répondit.

La ville, morte pendant les grosses chaleurs - du 15 août au 15 septembre - recommençait à vivre. M. Debia, le sous- préfet, avait rouvert ses salons. M. Remy Hadjez, le propriétaire de l’hôtel Baudoin, qui avait passé, ses vacances en France, était rentré la veille avec sa femme, sa fillette et sa belle-sœur. Les jeunes pourraient danser, le soir, au son du pick-up. C’était de cela qu’on parlait, ce jeudi soir, en sortant de Comedia, le cinéma en plein air, où l’on avait projeté Crossfire, une nouveauté pour Orléansvillle.

Des garçons du faubourg de Pontéba, qui avaient été voir le film, étaient rentrés à bicyclette vers 1 heure moins le quart. Ils avaient voulut boire une limonade à l’épicerie-buvette Couturier, mais la boutique était fermée. Ils eurent beau frapper, personne ne répondit.

Quand ils se furent couchés, les dernières fenêtres s’éteignirent et toute la vallée du Cheliff s’endormit sous la lune.

Soudain, Charles Couturier, le patron de la buvette, qui dormait près de sa femme et de sa petite fille de trois ans, sauta à bas de son lit. On venait de cogner furieusement à la porte. - Ce sont ces ivrognes qui reviennent ! cria-t-il.

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