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Attroupement

    « En vertu de la loi du 07 juin 1848 portant interdiction des attroupements, rendue applicable à Algérie le 27 juillet 1849 ».

   Orléansville, lundi 8 août 1855. Il est presque 22 heures 30. Une chaleur suffocante à couper le souffle règne sur la ville plongée entièrement dans une demie obscurité. La population certainement gênée par la vague de chaleur, a déserté les maisons et s’est dispersée dans les principales rues. Dans les groupes, les discussions étaient animées. Quelques débits de boissons sont encore ouverts. Une calèche vient de traverser la rue d’Isly, et peu de temps après arrive devant une grande bâtisse peinte en blanc. Un grincement de roues métalliques se fit entendre, lorsque le cocher d’un geste sec arrêta les chevaux. Il descendit en hâte et ouvrit la portière. A ce moment précis, apparut un homme de grande taille, portant une redingote et coiffé d’un chapeau melon. Une femme ravissante, à la taille svelte et dans une tenue splendide l’accompagnait. On entendait le froufrou de sa robe qui glissait sur la chaussée. Après avoir réglé le prix de la course, d’un pas pressé, ils entrèrent dans la cage d’escalier et disparurent. Les chevaux démarrèrent à toute allure aux cris assourdissants du maître.

   Pendant ce temps, une dizaine d’indigènes musulmans se rassemblait dans la rue de l’hôpital. Ils sont bientôt rejoints par d’autres individus, armés de haches, de gourdins et de gros bâtons. Il est presque minuit. Des cris hostiles aux colons fusaient : « Donnez- nous à manger ! ». La contestation prit de l’ampleur, lorsque intervint Hadj Mohamed, à peine la cinquantaine qui déclara à l’assistance : « - Ikhewani, la situation est grave pour nous et pour nous enfants. On n’arrive même pas à assurer notre pitance quotidienne. Il faut que le commandant en chef soit informé de notre situation ». Comme un seul homme, la foule décida alors de se diriger vers la demeure de l’officier supérieur. Elle est stoppée dans sa progression par un peloton de soldats certainement alertés par le vacarme et le tintamarre qui résonnaient en pleine nuit. La foule refuse d’obtempérer. La colère monte d’un cran. Le chef de peloton dégaine son sabre. Les musulmans surexcités en firent autant avec leurs armes de fortunes. A ce moment précis, un cavalier arriva à bride abattue. Un monsieur de grande taille, vêtu d’un costume noir barré par l’écharpe tricolore. Il est précédé d’un roulement de tambour annonçant l’arrivée du magistrat. Il descendit d’un bond de la selle. Un grand silence régna. On entendait au loin les cris lointains des chacals et des renards postés aux alentours de la ville. Sans salutations aucune, le bel homme, au teint très clair avança de quelques pas puis s’arrêta net comme si un danger imminent le menaçait. Il commença : « Ecoutez-moi, c’est M. Ferdinand Duboc, commissaire civil d’Orléansville, qui vous parle. Ici l’empire français est souverain. La loi interdit les attroupements et nul n’est sensé l’ignorer. Je vous demande à tous dès cet instant de vous disperser et de retourner chez vous … » Au moment de continuer, une voix limpide parvient à ses oreilles et le contraignit de s’arrêter. Un jeune homme vigoureux, d’une vingtaine d’années, lança : « Nos enfants ont faim, donnez-nous à manger ». Une autre voix identique continua : « Nous n’avons rien à manger». Un second roulement de tambour se fit entendre puis une seconde sommation de ce magistrat qui ajouta : « Au nom de la loi, je vous demande de vous en aller pour une seconde fois. Si vous n’obtempérez pas, j’ordonnerai l’emploi de la force publique ». Devant le refus catégorique de ses interlocuteurs, il donna l’ordre au peloton militaire d’employer tous les moyens pour disperser la foule.

   Les militaires, encouragés par les propos enflammés du maire entrent en action. Ils ligotèrent une dizaine de personnes qui seront ramenées à la prison municipale. Malgré la résistance des musulmans, les soldats parviennent à disperser les manifestants. Satisfait par ce qui vient de se passer, M. le maire emprunte son cheval et regagne tranquillement sa demeure située au siège du commissariat civil (siège d’APC de nos jours). Attachés deux par deux avec leurs turbans, les mains liées derrière le dos, précédés par Hadj Mohamed, le peloton traverse la ville au galop. Des curieux, Européens, que le sommeil a quitté, installés aux abords des trottoirs, lançaient au chef de peloton : « Il faut exterminer ces agitateurs fanatiques, et les repousser au fin fond du Sahara ». Un sort très douloureux, pour des êtres vivants qui ne demandaient que le droit à la subsistance. Le peloton suivi des prisonniers attachés, arrive à destination. Ils sont introduits à l’intérieur de l’enceinte de la prison. Une grande bâtisse en bois à la forme rectangulaire, occupant quelques 200 m2, mitoyenne du théâtre municipal et de l’église. Ils seront conduits en groupe et jetés de force dans une petite pièce sombre. Le lendemain matin, après la rédaction des procès verbaux, ils sont reconduits devant le juge de paix. Les Européens qui vaquaient à leurs occupations quotidiennes habituelles, suivaient avec satisfaction cette procession. Un petit enfant, à peine en âge scolaire, très embarrassé par la scène, questionna naïvement sa mère : « Maman, pourquoi les soldats ont attaché ces hommes ? La mère rétorqua: « Ce sont des brigands, des affamés qui veulent nous chasser de notre pays ». Sur ce, elle entra dans l’épicerie du coin pour faire ses emplettes.

    Le palais de justice, qui occupait au centre de la ville, une nouvelle bâtisse construite, il n’y a pas trop longtemps, a été créé en 1854. Dès leur l’arrivée, les prisonniers sont introduits devant le juge de paix. Sans attendre, il leur déclara : « Vous voulez, perturber l’ordre public, et vous là-bas : Nom, prénom, âge, profession et adresse, vite » en assenant un grand coup de marteau sur le pupitre. Il s’adressa à Hadj Mohamed, l’homme le plus élégant du groupe. La quarantaine passée, vêtu d’une gandoura blanche éblouissante qui laissait apparaître la chaîne d’une jolie montre de poche et les contours d’un gilet gris. Il était coiffé d’un joli turban blanc qui sert maintenant à lui maintenir les mains derrière le dos. Un visage basané, des yeux noirs écarquillés, une jolie barbe blanche colorée de henné qui auréolait son visage rond orné d’une petite moustache à la roulette. Hadj Mohamed Sendoussi, 48 ans, imam, demeurant au douar Sidi Laroussi. Le juge continua : « Eh ! toi ». Cette fois-ci, il s’adressa à notre jeune homme, qui tout feu tout flamme s’adressa auparavant au maire sans crainte aucune : « Ali ben Djillali ben Kaddour ben Maâti, 22 ans, apprenti cordonnier, demeurant à Sly ». Le juge de paix sans formalité aucune, feuilleta un grand bouquin jauni par le temps, et s’arrêta nettement. Il leva les yeux en direction des agitateurs nocturnes fronça les sourcils et prononça son verdict : « En vertu de la loi du 07 juin 1848, notamment son article 4, alinéa 3, vous êtes condamnés à cinq ans d’emprisonnement. Gardes, conduisez les ». Les éléments de la force publique, empoignent avec rudesse les inculpés qui seront reconduits manu militari et incarcérés à Orléansville. Ils ne recouvriront leur liberté confisquée qu’en 1860. Cette année-là coïncida avec le premier voyage effectué en Algérie par l’empereur Napoléon III.

    Tel est le scénario d’un évènement signalé au mois d’août 1855 à Orléansville. Ce scénario qui relève de la pure imagination de l’auteur du présent site, aurait pu se dérouler à cette époque, dans n’importe quelle contrée de l’Algérie.

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