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Au lendemain de l’assassinat d’Oued-Fodda...

La contrebande des armes

Le Progrès 1910

   Un indigène armé d’un pistolet à toutes les audaces, parce qu’il se croit invincible, et on peut le considérer comme prêt à tous les mauvais coups. Il n’est ni déraisonnable ni téméraire d’affirmer que l’insécurité dont nous souffrons existerait à un degré bien moindre s’il nous était possible de dépouiller les arabes des armes prohibées qu’ils détiennent, mais va-t-en voir s’ils viennent, Jean, va-t-en voir s’ils viennent !

  Les gendarmes , les gardes champêtres, les cavaliers des communes mixtes ont beau fouiller le gourbi, les jujubiers qui l’entourent ou les meules de paille qui l’environnent, d'ordinaire ils, ne trouvent, le fait est notoire. Si par hasard ils saisissent le fusil de quelque imprudent ou de quelques facétieux se moquant de l’autorité française, on entend dans le douar toute les jérémiades d’Israël et toutes les clameurs des filles de Siou. C'est un Beau tapage, si l'on peut dire, mais ces lamentations ne sont pas plus sincères que les larmes des pleureuses de profession : dès que les représentants du beylik ont tourné bride, la tribu bénit Allah d'avoir sauvé les véritables cachettes de la profanation des Roumis.

   Puisque les armes prohibées font l'audace et la force de tous les bandits, il semble bien que l’Administration devrait ordonner à ses agents de fréquentes perquisitions au domicile des suspects. Mais quel est l’indigène qui ne cache pas une arme ?

  Celui qui est autorisé à les posséder toutes. La règle n'admet d'exception qu'en faveur des miséreux, qui ne peuvent arriver à réunir les quelques douros nécessaires à l'acquisition d'un pistolet; et encore ceux là guettent-ils constamment l'occasion de se pourvoir, sans bourse délier, soit aux dépens d'un non croyant, soit même au préjudice d'un correligionnaire (sic).

  Dans une hypothèse comme dans l'autre, il est toujours intéressant de connaître l'origine des armes acquises. En somme, les armes volées sont rares; mais quelle est donc la provenance des armes achetées?

  Grâce à une surveillance étroite et rigoureuse, la fabrication clandestine de la Kabylie est réduite à des proportions insignifiantes en admettant qu'elle puisse se produire encore sur quelques points. Nos armuriers savent allier leur devoir à leur intérêt pour s'interdire toute vente illicite et l’on peut dire que, chez eux, les actes de félonie sont très rares.

  Quelle est donc l'origine des armes que détiennent les indigènes ? Pour ne parler que de notre région nous affirmerons que la plupart proviennent de la contrebande qui se pratique sur nos côtes, Entre Lapasset et Ténès, il est des anses, des criques où accostent de légères embarcations chargées de pistolets espagnols. Les indigènes, initiés se postent sur les hauteurs d’où ils découvrent la terre et la mer dans un rayon suffisant pour fournir, par signaux, des renseignements utiles à ceux qui se tiennent au large. Entre minuit et deux heures du matin, on voit parfois, sur les éminences hérissant la côte des feux qui s'allument et s'éteignent alternativement. Soudain une barque glisse sur les lots sombres et aborde en silence à l'endroit le plus discret.

  Là se trouve un véritable entrepositaire qui prend livraison des caisses de marchandises débloquées. Dans l’ombre, les hommes échangent quelques mots à voix basse. L’arabe paie en bonnes espèces la somme demandée et fait exporter ses ballots pour les embarquer au plus vite, tandis que la barque tourne sa voile, regagne le large et se perd dans les ténèbres de la nuit.

  Les armes déposées sont des pistolets espagnols à deux coups. Ils n’ont point été soumis à l’épreuve obligatoire, mais ils n’ont coûté que quatre francs pièce. Le contrebandier les cède pour huit francs et le vendeur, à son tour, réalise le plus gros bénéfice possible. Quand vint le moment de la récolte, les ouvriers kabyles s’épandent dans les campagnes. Quelques-uns s’installent dans le Dahra où ils réparent quelques armes matriculées et beaucoup qui ne le sont pas.

  Il ne faut pas se le dissimuler, la situation est bien telle que nous représentons, mais ce n’est pas par l’intermédiaire des armuriers kabyles que nous pourrons la connaît exactement.

  Adressons-nous aux ouvriers européens qui travaillent le fer, mécaniciens, serruriers, etc., et ceux-ci nous renseignerons. Nous connaissons un charron, excellent homme qui reçoit tous les ans, et des indigènes, des quantités de pistolets espagnols à réparer. Il les accepte avec un air et en fait collection. Mais combien d’autres qui forgent les armes avec les lesquels les uns commettent tous les crimes. Un seul mot pour conclure : Si nous voulons la sécurité, il faut à tout prix empêcher la contrebande des armes.

L’Aïn Sefra

  N.B : Le journaliste français du Progrès, paraissant à Orléansville tous les jeudi, Craignant des représailles, signait ses articles sous le pseudonyme de l’Aïn Sefra - œil de lynx en quelque sorte.

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